

Patrick Ramuz est juriste de profession et critique de cinéma par passion. Il anime une chronique hebdomadaire sur Radio Fribourg depuis de nombreuses années et a également sorti deux livres à compte d’auteur : Reflets du cinéma américain 1970-2005 et, plus récemment, Journal d’un cinéphile – Why so serious ?, qui retrace son année cinématographique 2010 avec beaucoup d’humour et d’amour pour le septième art.
Invité du mois de février 2012 sur clap.ch, nous lui avons demandé son avis sur l'actualité cinématographique chaque semaine. Voici un récapitulatif de ses éditos, toujours drôles et pertinents.
Pour la première fois de ma vie, paternité oblige, j'ai débuté mon année cinéma avec le moins bon du pire: Alvin et les Chipmunks 3. L'équivalent, pour un cinéphile en 2012, de l'Apocalypse... Par miracle, j'ai survécu. Peut-être ne devrais-je pas être aussi sévère. Pour paraphraser Anton Ego, le « méchant » de Ratatouille (2007), dans le grand ordre des choses, le film le plus médiocre a sans doute plus de valeur que la critique qui le dénonce comme tel. Ok Ego, mais franchement, quand un garçon de 7 ans te confie au terme de la projection de Alvin 3 que « c'était vraiment pas terrible, un peu ennuyeux», tu te dis tout de même qu'il y a quelque chose de moisi au royaume des écureuils shootés à l'hélium.
Fort heureusement, après ce premier coup dur, j'ai vite redressé le cap pour aligner Sherlock Holmes: Jeu d'ombres (un divertissement haut de gamme), J. Edgar (le remake sérieux de The Mask), 50/50 (une comédie à moitié amère, à moitié touchante), Millenium : les hommes qui n'aimaient pas les femmes (mais qui en fait n'aimaient pas trop les hommes non plus) et Les Descendants (un film d'Alexander Payne, donc, paradoxalement, qui fait du bien). En prime: le Blu-ray « codefree » de Moneyball (Le stratège), un excellent drame dans le milieu du baseball servi par un Brad Pitt à l'aise dans ses baskets. Bref, du bon ciné qui m'a mis d'attaque pour la suite.
Ce mois de février s'annonce plutôt bien, avec notamment Take Shelter, un suspense hallucinatoire, La Taupe (qui n'est pas Gary Oldman, malgré les lunettes de gros bigleux que porte son personnage) et Cheval de guerre de Spielberg, qui nous la joue paddock après un trip Haddock. Pour couronner le tout, février, c'est aussi le mois des Oscars. La cérémonie sera retransmise à la télé le 26 février prochain, de 2h à 6h du matin. Pâle fantôme de cette Nuit des statuettes, revêtu d'un pyjama Calida Star Trek 1ère génération, je serai fidèle au rendez-vous, scrutant les moindres faits et gestes des « Academy award nominees », ces multimillionnaires en smoking et robes de bal, aussi fébriles avant l'annonce des résultats que sereins face à la récession. Le fric, c'est chic.
F.B.I! Finis les Bons plans ciné sur Internet!
La nouvelle a retenti comme un coup de tonnerre dans Y-a-t-il un pilote dans l'avion?: "Le FBI a fermé la plateforme de téléchargement MegaUpload!!" Je me demande si la police fédérale n'a pas cherché ainsi à se venger des millions de spectateurs qui, à cause du cinéma, tiennent les agents fédéraux pour des bureaucrates dénués d'humour et de compassion, des encravatés corrompus, des amateurs qui font échouer des opérations, des taupes abandonnées à leur propre sort, des traîtres, des lâches, des gens malheureux, des mauvais coups... Et en plus, on devrait laisser les internautes se moquer du « Bureau » gratuitement, en toute impunité ? Non mais !
Etant donné que cette fermeture restreint considérablement les possibilités de streaming, je verrai beaucoup moins de films avec un son métallique, un doublage québécois, des couleurs délavées et une image légèrement floue. I will survive. Plus embêtant : je risque également de consommer moins de séries américaines avant leur sortie en DVD. En même temps, cela me permettra d'aller me coucher à des heures raisonnables. Peut-être n'aurai-je alors plus besoin de lutter contre de furieuses attaques de paupières tandis que j'essaie de terminer chez moi un bon film en haute définition, avec un son cristallin, la véritable voix des acteurs, des couleurs flamboyantes et une image claire et nette. Tellement nette d'ailleurs que j'en viens parfois à trouver le monde extérieur un peu trouble. On vit vraiment dans un monde de flous.
Dark Lucas
Voilà maintenant quinze ans que gronde sur le Net la colère des fans de la première trilogie de Star Wars (1977-1983). Figurez-vous que ces gens en veulent...à George Lucas, le créateur des films qu'ils vénèrent. Un comble. Après l'édition spéciale des trois premiers épisodes en 1997, comprenant plusieurs scènes retouchées numériquement (Sacrilège!), après la nouvelle trilogie (1999-2005), jugée décevante, après la sortie des Blu-rays en 2011, à nouveau partiellement retouchés (Sacrilège ! Episode II), voilà que débarquent cette année dans les salles les six épisodes de la saga...convertis en 3D. Et comme d'habitude, les Star Wars Geeks y vont de leurs coups de gueule, voire même parfois de leurs messages hargneux. Rien à faire, ils ne supportent pas que George Lucas se permette d'altérer sans cesse leurs souvenirs d'enfance. Face à tant d'animosité, « Monsieur THX » tente mollement de calmer le jeu. Pour lui, « Star Wars, ce n'est pas un évènement religieux... Ce sont des films, juste des films. » Et pas les meilleurs non plus, si vous voulez mon avis. Ce n'est tout de même pas comme si George se permettait d'insérer numériquement Jar Jar Binks dans Le Parrain. Alors, au milieu du tumulte, et même si ma voix résonne aussi fort qu'un battement de cil durant un concert de Motörhead, j'en appelle à la raison. Fils et filles de Star Wars, rengainez vos sabres laser, rejetez le côté obscur de la Force et venez vous réconcilier avec votre Père, Dark Lucas, lui qui vous a tant donné. S'il a commis des erreurs, c'est juste parce qu'il voulait faire plaisir à vos enfants. Allez tout le monde, un gros câlin... Voilà, comme ça. C'est trop mignon. On se croirait à la grand-messe des Ewoks... Oui, ça aussi, vous devez lui pardonner. Je sais, c'est difficile...
« The Spielbergland Express »
Cette semaine sort dans les salles le nouveau long métrage de Steven Spielberg, Cheval de guerre. Comme d'habitude, on peut déjà lire et entendre tout et son contraire au sujet du film: « Sublime ». « Raté». « Profond ». « Puéril». « Emouvant ». « Irritant ». Chaque long métrage de Spielberg nous rappelle qu'il est à la fois le réalisateur le plus adulé et le plus honni de la planète. La simple évocation de son nom dans une conversation sur le cinéma suscite le débat. « L'un des plus grands cinéastes de tous les temps » ou « un metteur en scène largement surestimé » ? Faites votre choix.
En ce qui me concerne, Spielberg est surtout un artiste incompris. Par exemple, on lui reproche souvent son sentimentalisme, alors que sa filmographie révèle en fait un cinéaste qui a décidé de s'accrocher coûte que coûte à cette petite lueur d'espoir brillant au milieu des ténèbres. Spielberg ne se fait pas d'illusion sur le monde absurde et violent qui l'entoure. Néanmoins, il continue, film après film, de croire en l'homme, en sa capacité de se sublimer, de communiquer avec ses semblables et de reprendre sa route alors que tout s'est effondré autour de lui.
Depuis le triomphe de La liste de Schindler en 1993, Spielberg ne semble plus guère se préoccuper de la façon dont ses films sont perçus ou interprétés. Comme l'ont montré ses deux derniers longs métrages, Les Aventures de Tintin et Cheval de guerre, il poursuit son travail plus libre que jamais, avec un enthousiasme et une passion intactes. A 65 ans, il enchaîne les projets à un rythme effréné, toujours à la recherche de nouvelles histoires à raconter, de nouveaux défis à relever. En attendant les prochaines étapes de sa passionnante carrière, Lincoln (2012) et Robopocalypse (2013), je revisite inlassablement ses films, fasciné par son imagination et par la puissance de son langage visuel. Et je me dis que si un artiste aussi populaire divise à ce point le public et la critique, c'est qu'il doit certainement être sur la bonne voie.
Chut!
Le palmarès de la 84ème cérémonie des Oscars n'aura pas fait hausser le moindre sourcil, à l'exception de ceux, incontrôlables, de Jean Dujardin.
Tout s'est déroulé comme prévu. Pour vous donner une idée du doux ronron dans lequel s'est déroulée la soirée, la plus grande surprise fut encore la victoire de Millenium dans la catégorie meilleur montage, alors qu'on attendait plutôt The Artist ou Hugo. Vous voyez le tableau…
Comme prévu, les hommages au cinéma muet signés Michel Hazanavicius et Martin Scorsese se partagent l'essentiel des récompenses, avec 5 Oscars chacun. The Artist gagne par k.o. en s'adjugeant les statuettes les plus prestigieuses : meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur acteur, meilleure musique et meilleurs décors. C'est le premier film muet à gagner l'Oscar du meilleur long métrage depuis… la première cérémonie en 1929. Et c'est aussi la première fois qu'un film français gagne ce trophée; les médias de l'Hexagone tiennent ainsi leur nouveau "France-Brésil 98". Cher lecteur, toi qui suis l'actu sur les chaînes françaises, je te souhaite bon courage pour les semaines, mois à venir…
Finalement, la plus surprise de tous les lauréats fut encore Meryl Streep. Même si elle était donnée favorite pour sa performance hallucinante dans La Dame de Fer, Streep paraissait convaincue que l'Académie récompenserait Viola Davis. Son émotion sincère fit plaisir à voir. Avec ce troisième Oscar, elle rejoint Ingrid Bergman et ne se tient plus qu'à une longueur du record de Katherine Hepburn (4 statuettes). (....lire la suite de l'article sur la page des Oscars!).
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