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Cloclo

Cloclo
Réalisateur: Florent Emilio Siri
Acteurs: Jérémie Renier, Benoît Magimel et Joséphine Japy
Genre: Biopic
Pays: France Durée: 148 mins
Age légal: 7 ans Age conseillé: 12 ans
Date de sortie: 14.03.2012
Critique: Fabio Gramegna, Laurent Scherlen
Note: *

Synopsis

Cloclo, c’est le destin tragique d’une icône de la chanson française décédée à l’âge de 39 ans, qui plus de trente ans après sa disparition continue de fasciner. Star adulée et business man, bête de scène et pro du marketing avant l’heure, machine à tubes et patron de presse, mais aussi père de famille et homme à femmes…
Cloclo ou le portrait d’un homme complexe, multiple ; toujours pressé, profondément moderne et prêt à tout pour se faire aimer.

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Critique

Cloclo de Florent-Emilio Siri est un biopic décevant. Entendons-nous bien : cet avis ne vaudra sans doute pas pour les fans de Claude François. Ces derniers – déjà prêts à jeter leurs tomates pourries (heureusement qu’il y a un écran entre nous) – seront heureux de revivre les événements de sa vie et écouter ses tubes à plein tube dans une salle obscure. Cependant, parlons ici au nom de ceux qui s’attendent juste à voir un bon film. Car il faudrait vraiment être aveugle pour parler ici de réussite. Mais vous, Ô visiteurs de Clap, ne l’êtes certainement pas (ou vous ne liriez pas ces lignes).

Cloclo a pour ambition de raconter l’histoire de Claude François de l’enfance à la mort, en 148 minutes. Mauvaise idée. « Mais pas de problème » semble s’être dit le scénariste Julien Rappeneau, « il n’y  a qu’à choisir les moments les plus marquants de sa vie et les mettre les uns après les autres ». Cloclo est énervé et pleure son papa ? On prend ! Il jouera du tam-tam et saignera des mains. Bouclé en 46 secondes : ça, c’est fait. Cloclo tombe amoureux d’une fille, puis séparation et chaudes larmes ? On prend ! Temps attribué ? Allez, 3 minutes 21. Cloclo meurt dans sa baignoire ? Ha, ça c’est super important ! Il faut bien que les gens comprennent que l’accident était ridicule mais aussi que les proches et fans étaient très très tristes ensuite. De notre côté, on croit rêver face à ce qui ressemble plus souvent à une sitcom kitsch et romancée (surtout dans sa première partie) qu’à un long métrage de cinéma. Ici, aucune vision originale telle qu’avait pu l’être par exemple Gainsbourg (vie héroïque) : non, juste une biographie linéaire et superficielle. Et ce n’est pas les magnifiques perruques de Jérémie Renier ni le superbe maquillage de carnaval de Benoît Magimel qui nous feront changer d’avis.

Heureusement, tout n’est pas à jeter pour autant. Les auteurs ont eu la bonne idée de ne pas tenter de rendre Claude François meilleur qu’il ne l’était. On découvre ainsi un homme très exigeant, contrôlant les moindres faits et gestes de tout son entourage ou encore coureur de jupons. Il n’est pas forcément très agréable de suivre la vie d’un type énervant mais au moins, il n’y a pas mensonge sur la marchandise. Ensuite, du point de vue de la forme, l’œuvre est plaisante à voir. Florent-Emilio Siri s’est notamment fait plaisir avec quelques plans séquences à la Paul Thomas Anderson (Boogie Nights) qui ont l'avantage de laisser plus de temps au spectateur pour s’imprégner de l’atmosphère de l'époque et des personnages.

Au final, le constat est donc mitigé : malgré la bonne prestation de Renier et des autres acteurs, voici un film à réserver aux fans de Cloclo. Ou en tout cas, à ceux, qui savent déjà qu’il était quelqu’un de… peu sympathique (ou il risquerait de ne plus être votre idole). Quoique si vous le savez déjà, il y a peu d’intérêt… Bref, les autres retourneront plutôt voir Podium.

2 claps (Fabio Gramegna)

 

 

A l'issue de la projection de Cloclo, l'évidence apparaît plus aveuglante qu'un flash en plein visage: Florent Emilio Siri est parvenu avec son film à supplanter tous les biopics réalisés à ce jour. Et prouve notamment qu'une biographie filmée (même si le terme "film musical" s'adapte bien mieux au long-métrage) ne signifie pas forcément abandon des prétentions artistiques et effacement du point de vue. Là où Olivier Dahan oeuvrait dans la vaine image léchée avec son pitoyable La môme, Siri propose un vrai film de cinéma doté d'une réalisation véritablement ahurissante de maîtrise technique et d'idées de mise en scène.

Suivant la trajectoire de Claude François depuis sa naissance en Egypte jusqu'à son décès Boulevard Exelmans à Paris, le metteur en scène imprime à son film un pouls de plus en plus rapide, le film se resserrant comme dans un entonnoir au fur et à mesure que l'histoire se déroule. Ainsi, aux ellipses du début, le metteur en scène adoptera un rythme de plus en plus resserré autour des heures, des minutes, et finalement des secondes (la séquence de la mort de Cloclo), soumettant in fine le film au rythme de vie du chanteur lui-même.

L'autre grande idée du film consiste à utiliser les chansons de Claude François comme illustrant les différentes étapes de sa vie, à l'image de 17 ans, que l'on entend au début du métrage, lorsque la future vedette est un adolescent et n'a encore composé aucune chanson. On se rend compte alors de la grande influence de la vie du chanteur sur ses oeuvres (Comme d'habitude, Cette année-là, Le mal-aimé, etc...), l'existence même de Cloclo pouvant se décrypter au travers des paroles de ses chansons.

Partant du postulat que la maniaquerie, l'opiniâtreté et le souci du détail légendaires de Claude François viendraient du manque de reconnaissance de son père, Siri livre fondamentalement un film s'attachant à dépeindre la relation entre un père et son fils, ce dernier s'évertuant toute sa vie à vouloir prouver à son papa que son choix était le bon et que son travail de "saltimbanque", comme le décrivait son père, était finalement le meilleur pour lui. Oeuvre profondément intimiste, Cloclo ne s'inscrit en outre jamais comme une hagiographie mais se veut avant tout honnête et sincère dans sa description d'un homme dont les aspérités n'avaient d'égal que le caractère insaisissable de sa personnalité.

Toujours au plus proche de son héros, Florent Emilio Siri ponctue son film de plans-séquences absolument renversants, à l'image de la scène suivant Claude François depuis son appartement jusqu'à son bureau, en passant par sa voiture assaillie de groupies. La caméra semble faire fi des obstacles (on entre dans le véhicule, ce dernier se met en marche, roule, la caméra ressort de la voiture, etc...), dans une fluidité proprement sublime qui laisse pantois. La prouesse technique inspire le plus grand des respects, non seulement par sa forme, mais également par le sens qu'elle produit, en nous faisant partager à la seconde près et sur une durée jamais dilatée le quotidien de la star et ce que ce dernier pouvait ressentir, créant ainsi une empathie immédiate pour un homme qui se sera finalement laissé détruire par son souci de reconnaissance paternelle. Chez Siri, la forme dicte toujours le fond, ce qui finalement constitue le propre du cinéma.

Soulignons enfin la magistrale interprétation de Jérémie Rénier, ce dernier parvenant à faire oublier dès ses premières apparitions qu'il est un comédien incarnant Claude François, tant son talent parvient à nous faire croire que l'on se trouve véritablement devant Cloclo lui-même (nul mimétisme, mais une incarnation troublante parvient à créer ce magnifique et déstabilisant subterfuge).

Oeuvre pourvue d'une émotion permanente et d'une mise en scène de très haute volée, soutenue en outre par une partition d'Alexandre Desplat à faire chavirer les coeurs, Cloclo se ressent de la première à la dernière image, et s'impose comme le meilleur film de son réalisateur.

5 claps (Laurent Scherlen)

Bonus

Patrick Ramuz revient sur "Cloclo" - l'homme mais aussi le film:

"Mâle-Aimé, je suis le mal-aimé..."

Allez, chantez-tous avec moi ! « Cette année-là, je n'suis toujours pas fan de Claude François. »

Et  pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé : pour l'avoir vu régulièrement à la télévision durant mes jeunes années (chez Drucker ou Maritie et Gilbert Carpentier), pour être marié à une fan de ses tubes, le Glaude, ça me connaît un petit peu. Mais je n'ai jamais éprouvé grande admiration pour ce chanteur assez antipathique, dont la voix ne m'a jamais séduit et qui, surtout, doit une grande partie de son succès aux morceaux qu'il a copieusement « pompés » chez des artistes plus doués que lui.

 

Voilà, les fans peuvent éventuellement me conspuer, s'arrêter là et passer à autre chose...

 

Cela dit, on ne devient pas l'idole des jeunes en étant une pive, ni en restant avachi sur son canapé. Il faut donc rendre à Cloclo ce qui appartient à Cloclo. Séquence compliments. Comme on dit chez Polo Lederman (son manager incarné ici par un Benoît Magimel suprothésé), le petit s'est fait tout seul, gravissant une à une – péniblement – les marches de l'ascension vers la gloire, trimant comme un forcené pour plaire et progresser. Sa grande force fut de parvenir à se réinventer sans cesse, en devenant notamment le premier showman de la variété française, le premier chanteur à importer en France les paillettes de Las Vegas et les chorégraphies de la Motown. Et si la valeur artistique de son héritage musical est contestable, personne ne pourra nier que ce type avait du flair pour le showbiz ainsi qu'une énergie monstrueuse. Séquence hommage. Bien qu'il fût dans les années 60 le chanteur le plus court sur le circuit, Claude François ne lâcha jamais prise. Même s'il a plus d'une fois pété les plombs, dépassé les bornes, il était toujours au courant de ce qui se faisait à l'étranger dans la musique. Il vécut sa vie sur un fil, ne rechignant jamais à se dénuder pour ses fans. Et on ne peut pas dire qu'il se fichait des femelles. Il fut toute sa vie un entertainer survolté, tout particulièrement lors de ses derniers instants. Il était notre Monsieur 100'000 Volts... Enfin notre Monsieur 220 v... Bref, toutes ces allusions désastreuses pour vous dire que ces qualités sont bien illustrées dans le film.

Si le réalisateur Florent-Emilio Siri touve la bonne approche pour nous montrer comment un petit gars sans génie est devenu une star, il ne se complaît heureusement pas dans la « fan attitude ». Un portrait complet de l'artiste se devait de revenir sur les aspects les moins reluisants de sa personnalité. Maniaque, vaniteux, susceptible, maladivement jaloux, souvent odieux envers son entourage: Claude François avait la panoplie du parfait petit mégalo. Au terme de la projection, malgré toute la gnaque du performer, malgré l'amour sincère de l'homme de famille pour ses proches, il ne m'inspire toujours aucune sympathie.

Par contre, je quitte la salle dans le calme et la sérénité, soulagé d'avoir échappé à un gros ratage cinématographique. Parce qu'il faut bien dire que Cloclo démarre assez mal. Malgré le soin apporté à la reconstitution des jeunes années d'un feu-follet, la première heure du récit me fait penser à un long épisode de "Plus belle la vie". Les acteurs, Jérémie Rénier en tête, ont de la peine à être crédibles et les situations sont convenues, lorsqu'elles ne sont pas carrément risibles. L'évocation de la cassure de Claude avec son père, Aimé François (ça ne s'invente pas pour l'interprète du Mal-aimé) demeure superficielle. Et ce ne sont pas les apparitions éclairs des stars de l'époque (Johnny Halliday, Gilbert Bécaud) qui font monter le cours des actions du réalisateur Florent-Emilio Siri : et, pour l'amour du risque, qui a eu l'idée de génie d'imaginer Robert Knepper, le T-Bag de Prison Break, dans la peau de Frank Sinatra ? J'imagine qu'on l'a appelé parce que Hugh Laurie n'était pas libre...

Heureusement, le film décolle dès le moment où Claude François entame sa métamorphose (de chanteur yé-yé en sex symbol) qui coïncide avec celle du comédien Jérémie Rénier, totalement bluffant. En filmant les séquences musicales avec panache, en faisant pleuvoir les plans-séquences façon Boogie Nights, Siri réussit à capter l'essentiel. Face : la façon dont le showman se consumait sur scène. Pile : l'envers du décor révélant un empire dirigé par un tyran et la « Cloclomania » dans toute son absurdité.

Avec sa durée de 2h30, Cloclo devrait ravir les fans de la première heure. Ils applaudiront sans doute cet hommage à la fois digne et clinquant à leur Dieu-toujours-vivant, l'idole des vieux. Les autres, ceux qui – comme moi – ne se passionnent pas pour le personnage et sa musique, pourront se poser la question qui tue : avait-on vraiment besoin d'un biopic sur Claude François ? Bah, pourquoi pas après tout... Même s'il reste moins original et stimulant que le récent Gainsbourg – Vie héroïque, Cloclo remplit son cahier des charges et c'est tout ce que je lui demandais. Maintenant, j'attends patiemment que l'on me serve un jour les biopics annoncés sur Marvin Gaye (Cameron Crowe?),  Miles Davis (Don Cheadle?) et Frank Sinatra (Martin Scorsese ?), histoire d'avoir, je l'espère en tout cas, quelque chose de plus consistant à me mettre sous la dent.

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Commentaires

6 commentaires
alexia 7 il y a 3 semaines

la ressemblance est fascinante;J'ai retrouvé une partie de mon enfance ou j'etais habillée comme cela.Excellent film

Rossier il y a 1 mois

Tout simplement magnifique!!! Un très bon film, retraçant fidèlement l'histoire de Claude François

Lucie il y a 1 mois

Ce film fut pour moi une heureuse surprise. Au départ, je ne voulais même pas aller le voir: voir l'histoire d'un chanteur mort plus de 10 ans avant ma naissance, bof bof. Et bien j'avais tord: ce film est très bien fait. On ne s'ennuie pas une seconde malgré les 2h30! l'histoire est effectivement fluide et c'est extrêmement bien filmé. Jérémie Rénier effectue une performance remarquable et il mérite un prix d'interprétation tant il est crédible en chanteur des années 70.Le scénario est très réussi. L'image est très belle. Les actrices qui jouent les femmes qui ont partagé la vie de cloclo sont très bien choisies. La bande son est une totale réussite.
Un très beau film.

Albus il y a 1 mois

Je respecte ton choix Jill, mais on peu pas comparer "Podium" qui est une parodie sur un sosie de Claude et "Cloclo" qui est un biopic. Moi aussi j'ai aimé Podium mais aucune comparaison ne peut être faite à mon humble avis. Et pour M6, désolé, mais je ne regarde pas la TV ;-)

Jill il y a 1 mois

Je suis également fan de Cloclo, mais j'ai trouvé le film ennuyeux et plus adapté à un dimanche après-midi sur M6 qu'à un grand écran, surtout dans la première partie. Bref, je préfère Podium.