A ma gauche Tommy Conlon (Tom Hardy), un ancien marine à la dérive, qui réapparaît chez son père (Nick Nolte) et lui demande de l'entraîner en vue d'un tournoi d'arts martiaux mixtes offrant 5 millions de dollars au vainqueur. A ma droite, son frère aîné, Brendan (Joe Edgerton), un prof sans le sou qui décroche lui aussi son ticket pour participer à ce tournoi ultra-violent, dans l'espoir de sauver sa famille. Tout oppose ces deux hommes, à l'exception de la haine qu'ils vouent à leur père, un alcoolique en phase de rétablissement. Totalement inconnus des professionnels de la discipline, les deux frères vont devoir en découdre avec les meilleurs combattants du monde… et affronter ce père indigne qui essaie désespérément d'obtenir leur pardon.
Larguez les amarres, hissez la grand-voile, arisez le grand foc, étarquez les bouts, actionnez le guindeau: Warrior est un film bateau, que dis-je, un film paquebot (il est aussi émouvant). Il suffit de jeter un œil sur la jaquette du DVD/Blu-ray pour savoir comment tout cela va se terminer. Vous ne m'en voudrez donc pas si je vous révèle que - attention bouchez-vous les oreilles ! - Tommy et Brendan s'affronteront en finale du tournoi et se réconcilieront au terme d'un combat épique - Désolé, il fallait plutôt fermer les yeux...
Auteur d'un film exaltant sur la victoire miraculeuse des hockeyeurs américains aux JO de Lake Placid en 1980 (Le Miracle, 2004), puis d'un solide polar mettant en scène une famille de flics (Le prix de la loyauté, 2006), le cinéaste Gavin O'Connor était sans doute prédestiné à raconter cette bonne vieille histoire typiquement américaine, celle du challenger inconnu qui surmonte toutes les épreuves pour devenir un vrai champion et trouver la paix intérieure. Pas fou, O'Connor se contente de reprendre la formule magique du "mélodrame sportif" pratiquement inventée il y a 35 ans par Rocky (John G. Avilsen). Sans réinventer la rouste, Warrior est un mélange entre Rocky Balboa (un vétéran de retour sur le ring, au péril de sa santé) et The Fighter (deux frères qui se déchirent, une mère terrifiante), ce qui ne veut pas dire qu'il leur est inférieur. Voilà longtemps que je n'avais pas vu un film de ce genre avec autant de souffle et des acteurs aussi puissants. Les charismatiques Josh Edgerton et Tom Hardy (tout en trapèzes) donnent de leur personne pour faire monter la tension jusqu'à son maximum, tandis que Nick Nolte le fracassé apporte au film un indispensable supplément d'âme. Ajoutez à ce casting d'enfer des scènes de baston survitaminées, mais lisibles, une bande-son qui dépote, et vous obtenez un divertissement étonnant, capable de vous faire bondir de votre fauteuil durant les combats et de vous soutirer une larmichette l'instant d'après. Un peu comme Van Damme dans Kickboxer, finalement.